Tendances
À quoi ressemblera le marché du travail de demain au Québec?
17 avr. 2019

Le marché du travail québécois est en métamorphose

-  Taux de chômage inférieur à la moyenne canadienne pour la première fois (5,5%) et taux d’emploi des 25-54 ans à un sommet historique (85,5%)

-  Taux de chômage en-deçà de ce que l’on croyait être le taux de chômage du plein emploi

-  Aucune création d’emploi entre décembre 2017 et décembre 2018

-  Plus de 100 000 postes à pouvoir

 

Les économistes s’entendent pour dire que « ces phénomènes sont les manifestations d’un resserrement du marché du travail ». Selon les estimations, cette nouvelle réalité devrait perdurer jusqu’à l’horizon 2030.

 

Cet état n’est pas tant le résultat d’une bonne santé économique que de celui du vieillissement de la population : le nombre de Québécois de 15-64 ans, soit ceux en âge de travailler va stagner ou diminuer selon les régions, mettant ainsi en péril le remplacement des départs à la retraite par les jeunes travailleurs, moins nombreux.

 

Accroître le bassin de travailleurs potentiels : des solutions sont en marche

 

Garder les travailleurs expérimentés

Parmi les solutions explorées pour contrer ce « resserrement » du marché du travail, l’on pense en premier lieu au recul de l’âge de la retraite ou encore à diverses mesures de rétention des travailleurs expérimentés. Au Québec, le taux d’emploi des 60-69 ans est de 34% tandis qu’il monte à 40% au Canada. La marge de manœuvre est donc suffisamment grande pour espérer bénéficier de cette main d’œuvre potentielle.

 

« C’est important que les gens en entreprise comprennent qu’ils doivent prendre les moyens pour conserver la main-d’œuvre qu’ils ont », affirme Pierre Fortin, professeur émérite à l'Université du Québec à Montréal, en investissant dans la formation, par exemple, ou en augmentant les salaires.

 

L’immigration : l’ultime solution à la consolidation du marché de l’emploi?

Non seulement le Canada a une longue tradition d’accueil, mais en plus, son système de points permet d’attirer les immigrants les plus susceptibles de répondre aux besoins économiques du pays. Seraient-ce les prémisses parfaites pour bénéficier d’une main d’œuvre qualifiée, prête à s’atteler à la tâche, motivée et volontaire?

 

Selon les calculs du Conference Board du Canada, entre 2018 et 2022, il faudrait que le Québec accueille 43 000 personnes de plus que les quelques 40 000 prévus par les politiques actuelles pour atteindre un taux de croissance du PIB semblable à celui prévu pour l’ensemble du Canada.

 

Pour Simon Gaudreault, économiste à la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), il est primordial de miser sur l’adéquation entre les compétences des immigrants et celles requises par les entreprises notamment en adaptant mieux la grille de sélection.

 

Aussi, les trois quarts des immigrants s’installent dans la région métropolitaine de Montréal tandis que le besoin de main d’œuvre en plus criant en région. Il faut mettre en place des initiatives pour attirer les immigrants en région.  À ce titre, la Gaspésie fait bonne figure : voir témoignage ci-dessous.

 

Finalement, pour que l’immigration soit un facteur déterminant de croissance, l’Institut du Québec a déterminé 3 conditions qu’il faut tenter de remplir :

-  Reconnaître le diplôme des immigrants à leur juste valeur pour optimiser leur intégration sur le marché du travail.

-  Permettre aux immigrants de participer activement à l’économie grâce à des initiatives gouvernementales favorisant leur intégration économique et sociale.

-  Bâtir une confiance en l’immigration. Pour que « l’acceptabilité sociale » se fasse, les immigrants doivent contribuer significativement à l’économie québécoise.

 

D’autres populations en recherche d’emploi

On parle beaucoup de l’immigration, mais il existe non loin de nous des populations dans lesquelles les hommes et femmes sans emploi sont monnaie courante.

 

Dans les communautés autochtones, le taux de chômage atteint 42% et les moins de 25 ans y représentent 55% de la population. C’est une manne à laquelle il faudrait avoir recours de manière beaucoup plus systématique.

 

Les personnes handicapées et les clients de l’aide sociale représentent également une avenue vers laquelle il serait bénéfique de se tourner. On sait par exemple que 45% seulement des personnes handicapées de 15 à 64 ans occupent un emploi et que leur taux de chômage monte jusqu’à 13%.

 

Un exemple d’intégration plus que réussi

Anne-Marie Maignant - Originaire d’Haïti - établie à Chandler depuis 2 ans.

« Quand je suis arrivée en Gaspésie, j’ai bénéficié de l’aide précieuse de la MRC. J’ai eu de l’aide autant pour trouver un logement et pour trouver une école pour mes enfants, que pour favoriser notre intégration. »

« Il y a un véritable comité d’accueil : ils organisent des rencontres entre nouveaux arrivants, des sorties, des souper interculturels où chacun peut faire découvrir sa culture. »« Nous avons eu un très bel accueil, les gens sont très chaleureux et je ne me suis jamais sentie différente. »

« Je n’ai jamais senti de racisme alors qu’en ville on ressentait plus la différence : les Noirs restent plus entre eux, on est plus jugés. En Gaspésie, cela n’existe pas. Ou je ne l’ai jamais ressenti. »

 

Source : Le Soleil, Pénurie de main-d’œuvre: au-delà de l’immigration, sept. 2018 / Institut du Québec, Le vieillissement de la population et l’économie du Québec, nov. 2017 / Institut du Québec, Bilan de l’emploi au Québec, janv. 2019 / Ici-Radio-Canada, La pénurie de main-d’œuvre décortiquée, sept. 2018 / Institut de la statistique du Québec, Portrait des postes vacants au Québec, nov. 2018 / Entreprises Québec / Entrevue individuelle dans le cadre d’un mandat pour la région de la Gaspésie, janv. 2019